Pourquoi certaines personnes ont plus envie de faire l’amour que d’autres ? Telle est la question, source de bien de malentendus et de souffrances dans les couples. Pour quelles raisons le désir est-il si variable ? Son niveau se joue-t-il d’abord dans le corps ou dans la tête ? Pas simple, d’autant que plusieurs causes se conjuguent parfois.

Toutes les nuances se déclinent : entre le besoin compulsif de la nymphomanie, souvent lié à une maladie, ou la dépendance au porno, et le choix d’abstinence des « no sex », il n’existe pas de rythme standard « normal ». Le désir est, bien sûr, associé aux émotions ressenties. Mais lorsqu’il ne répond plus à l’appel, les raisons n’en sont pas toujours purement psychologiques.

 

Une bonne part de biologie : des hormones plus ou moins actives
Notre cerveau est directement relié aux organes sexuels par les hormones. Il semble ainsi démontré que la femme est particulièrement « demandeuse » lorsque son cycle approche de l’ovulation et qu’elle est fertile.

Cependant, si de nombreuses hormones interviennent dans l’appel de la chair, notre désir est avant tout dopé à la testostérone, l’hormone mâle produite aussi à petites doses chez la femme – son organisme y est plus sensible et les ovaires continuent à en produire après la ménopause. Notre cerveau a besoin d’être imprégné de testostérone pour que le désir sexuel apparaisse. Or son niveau peut être abaissé du fait de l’âge ou de certains médicaments.

 

Une autre hormone, la prolactine, peut, à l’inverse, jouer les trouble-fêtes. Plus elle est élevée, plus les idées coquines s’évaporent. C’est classiquement l’hormone de l’allaitement, mais il arrive qu’elle grimpe pour d’autres raisons : prise de certains médicaments aussi (neuroleptiques, diurétiques ou antiulcéreux), insuffisance thyroïdienne ou tumeur bénigne de l’hypophyse.

Un environnement qui coupe l’appétit
Il est normal qu’au cours d’une vie, notre désir sexuel traverse des phases moins flamboyantes. Faire l’amour requiert de l’énergie. Comme ce n’est pas une fonction vitale, lorsque l’organisme doit mobiliser toutes ses forces, il le fait souvent aux dépens de la libido.

Quand on est submergé de stress ou de fatigue, ou en période de gros soucis (chômage, problèmes familiaux, d’argent ou de travail), difficile d’avoir le cœur aux galipettes. Et lorsque l’on est en dépression, la libido, qui fait partie des pulsions de vie, se retrouve encore plus « assommée ».

Le danger, c’est qu’après une telle pause, la machine peut avoir de la peine à redémarrer une fois l’habitude rompue. Moins on fait l’amour, moins on en a envie ! Dans une telle situation, les thérapeutes conseillent de ne pas attendre d’avoir envie pour se lancer, mais de se laisser aller en se concentrant sur la sensation plaisante provoquée par les caresses : le plaisir réveillera le désir.

De nombreux facteurs psychologiques
Depuis toujours, il existe des personnes dont le niveau de libido est très bas. Souvent, ce manque d’appétit prend sa source dans l’enfance : l’éducation favorise ou non l’érotisme. Trop de puritanisme mais aussi trop d’érotisme durant nos premières années peuvent en dégoûter !

De même qu’un traumatisme peut engendrer une sorte de phobie et une réelle répulsion pour son propre sexe ou celui du partenaire.

Ne pas confondre aimer et désirer
On peut aimer beaucoup et ne pas désirer. De même que l’on peut désirer et ne pas aimer. Une étude norvégienne, publiée en mai 2019 dans la revue scientifique Evolutionary Behavioral Sciences, a interrogé de jeunes couples hétérosexuels, âgés de 19 à 30 ans. Ceux qui étaient le plus capables d’avoir des relations sexuelles sans lendemain et sans sentiments avaient aussi l’appétit le plus développé. Lorsque l’on est simplement excité par un ou une partenaire et pas trop épris, « consommer » n’est pas un problème.

Les deux composantes du désir, le courant tendre et le courant érotique, peuvent entrer en compétition. Et si la tendresse l’emporte, ce n’est pas terrible pour l’appel de la chair.

La qualité influe sur la quantité
Quand les expériences passées ont été décevantes ou gênantes, il est évident que l’on aura moins envie de les renouveler. Ce n’est pas forcément dû à la maladresse du ou de la partenaire : les femmes ont souvent besoin d’un temps d’apprentissage pour accéder au plaisir.

Et le niveau d’excitabilité sexuelle varie aussi d’une personne à l’autre. Une insatisfaction globale de sa vie, dont le partenaire peut n’être en rien responsable, ou des difficultés personnelles liées à son passé ne favoriseront pas non plus une vie sexuelle épanouie.

La sexualité se joue également au niveau relationnel
Le désir dépend évidemment aussi du climat conjugal. Avoir l’impression d’être incompris ou mal aimé risque d’estomper les envies de rapprochement. Sans parler des disputes… Si certains font facilement la paix sur l’oreiller, pour d’autres, le contentieux va venir tout geler.

« L’érotisme a également besoin que notre partenaire nous soit différent, un peu étranger, rappelle Mireille Bonierbale, notre sexologue. Trop de sécurité et de proximité affective peuvent mettre le désir en berne. » Il faut parfois tâtonner pour trouver la « bonne distance », selon le besoin d’intimité physique et psychologique de chacun.

Pour aller plus loin : ressusciter le désir, c’est possible
Nous sommes tous différents. C’est ce que l’on a un peu trop tendance à oublier, souhaitant naïvement que notre compagnon ou notre compagne se trouve au diapason de nos désirs. Or rien de plus banal que de ne pas avoir le même rythme. Tout comme il est normal d’avoir des « jours avec » et des « jours sans ».

L’essentiel, c’est la façon dont on va réagir. On se force un peu au début pour sortir d’une période de disette et relancer le cercle vertueux du plaisir et du désir. Et l’on évite, si le couple est en décalage, les réactions qui peuvent aggraver la situation.

En effet, quand l’un est plus demandeur que l’autre, il a tendance à se sentir rejeté. Anxieux, il bâtit les pires scénarios (« Il ne me désire plus », « Elle va me quitter ») ; frustré, il fait des reproches, boude ou se montre agressif. Ce qui devient source de mésentente.

Lorsque l’appétit de l’un est moindre, c’est au couple que s’adressent les sexologues. En effet, pour que les partenaires soient plus synchrones, il faut chercher ensemble une solution, en exprimant sincèrement nos attentes, ce que l’on pense et ce que l’on ressent.